Vous avez des économies, de l'immobilier, peut-être des actions ou de la crypto. Mais savez-vous vraiment combien vous possédez ? Et surtout, comment tout cela performe ensemble ?
Entre le compte courant, le livret d'épargne, l'assurance-vie, les actions en bourse et les crypto-actifs, vos avoirs sont éparpillés. Cette fragmentation rend impossible une vraie vision d'ensemble — et cela coûte cher. Sans suivi de patrimoine structuré, vous ne pouvez pas rééquilibrer votre allocation, optimiser votre fiscalité ou mesurer votre enrichissement réel.
Deux routes s'offrent à vous : celle du tableur manuel (Excel, Google Sheets), simple mais chronophage, et celle des logiciels d'agrégation automatisés, pratiques mais soumis à des limites. Cet article vous guide pour choisir l'outil qui correspond vraiment à votre situation.
Pourquoi vraiment outiller sa gestion de patrimoine ?
Gérer son patrimoine, ce n'est pas regarder le solde de son compte courant. Il s'agit de piloter votre valeur nette globale : la somme de tous vos actifs moins vos dettes.
L'INSEE confirme que pour les ménages français, l'immobilier représente 62 % du patrimoine brut, le reste étant constitué d'actifs financiers. Source : INSEE Cette diversité impose un outil capable de consolider des données hétérogènes.
Un véritable outil de gestion doit vous permettre de :
- Calculer votre valeur nette instantanée
- Suivre vos flux de trésorerie (où va votre argent ?)
- Analyser votre répartition sectorielle et géographique
- Mesurer votre performance réelle (le TRI, Taux de Rentabilité Interne)
Sans centralisation, vous risquez des liquidités dormantes ou une surexposition involontaire à un risque unique. Le coût en opportunités manquées peut être substantiel.
Le grand comparatif : Tableurs vs Logiciels
Quatre critères décisifs structurent ce choix : l'automatisation, la flexibilité, la sécurité et la capacité d'analyse.
Les tableurs : Maîtrise totale, mais à quel prix ?
Excel et Google Sheets restent les outils de ceux qui veulent contrôler chaque nombre. Vous construisez vos propres formules, vos propres tableaux de bord, sans limite imposée par un tiers.
Ce que vous gagnez :
- Flexibilité absolue — Vous créez vos propres indicateurs sans être limité par les fonctionnalités préexistantes
- Confidentialité maximale — Vos données restent chez vous (Excel local) ou sur votre cloud personnel, zéro connexion bancaire
- Coût quasi nul — Google Sheets est gratuit, Excel souvent inclus dans une suite existante
Comment ça marche en pratique ?
La structure repose sur trois piliers :
- Journal des opérations : Vous enregistrez manuellement chaque achat, chaque vente, chaque dividende.
- Base de prix : Via des fonctions comme
=GOOGLEFINANCE(), vous récupérez les cours de bourse en temps réel sans effort. - Tableau de bord : Un dashboard qui agrège tout via des tableaux croisés dynamiques pour visualiser votre allocation d'actifs.
Le bon réflexe : Avant de vous lancer, demandez-vous : êtes-vous prêt à consacrer 2-3 heures par semaine à la saisie manuelle et à la maintenance des formules ?
Les logiciels spécialisés : Automatisation et commodité
L'arrivée de l'Open Banking et de la directive DSP2 a révolutionné le secteur. Des plateformes comme Finary, LaFinBox ou Wealthica se connectent directement à vos banques, assureurs et bourses.
Ce que vous gagnez :
- Synchronisation automatique — Vos comptes se mettent à jour tout seuls, plus besoin de saisir vos transactions
- UX soignée — Interfaces épurées, alertes automatiques sur les dividendes, visualisations claires
- Benchmarking — Comparez votre performance à d'autres investisseurs (anonymement)
- Temps réel complet — Bourse, crypto, tout se met à jour en continu
Comment ça fonctionne ?
Vous vous inscrivez, vous connectez vos comptes via une connexion sécurisée, et le système classe automatiquement chaque actif. L'AMF recommande toujours de vérifier l'agrément de ces plateformes avant de partager vos identifiants. Source : AMF
La bataille chiffres : Qui gagne sur quoi ?
| Critère | Tableur | Logiciel |
|---|---|---|
| Installation | 2-4 semaines | 10 minutes |
| Maintenance régulière | 2-3 heures/semaine | 0 heure (automatique) |
| Risque d'erreur humaine | Modéré à élevé | Très faible |
| Analyse temps réel (Bourse/Crypto) | Décalage 15-20 min | Instantané |
| Gestion immobilière | Excellente (granularité fiscale) | Correcte (estimations génériques) |
| Coût annuel | 0-100€ | 50-200€/an |
Les pièges cachés que personne ne mentionne
La fausse sécurité du tableur local
On croit souvent qu'un Excel stocké localement est plus sûr. C'est vrai… si le fichier est chiffré et s'il ne se perd jamais. En réalité, un tableur sur Google Drive mal configuré ou un Excel oublié sur un USB sont des catastrophes de sécurité.
À l'inverse, les agrégateurs bancaires utilisent le chiffrement AES-256 et des connexions en lecture seule. Techniquement plus robustes.
Le risque de « boîte noire » des logiciels
Les logiciels simplifient parfois trop. Pour un bien immobilier, le calcul de rentabilité peut omettre des déductions fiscales spécifiques (amortissements, travaux) que vous auriez intégrées manuellement dans Excel. Pour l'immobilier complexe, le logiciel offre une vue d'ensemble, mais manque de granularité.
La dépendance aux API externes
Un utilisateur de logiciel repose sur la stabilité des API bancaires. Si une banque change sa sécurité, la synchronisation peut échouer pendant des jours. Votre tableau de bord devient obsolète temporairement.
Un tableur, lui, ne tombe jamais en panne — tant que vous êtes prêt à mettre les mains à la pâte.
Réponses aux questions qui reviennent toujours
Un tableur suffit-il pour gérer de la crypto ?
Pour du « hold » passif, oui. Pour du trading actif ou du Staking DeFi avec des centaines de micro-transactions, c'est devenu ingérable manuellement. Les logiciels spécialisés en crypto deviennent indispensables pour calculer correctement vos plus-values imposables.
Les agrégateurs revendent-ils mes données financières ?
Les applications gratuites, souvent oui — c'est leur modèle économique. Pour la confidentialité totale, préférez les modèles payants (SaaS) qui n'ont pas besoin de monétiser vos données.
Faut-il vraiment choisir un seul outil ?
Non. La stratégie recommandée par les experts : utilisez un agrégateur pour le suivi passif quotidien, puis exportez vos données trimestriellement dans un Excel pour une analyse stratégique et fiscale approfondie.
Quel outil pour quel profil ?
Le choix ne dépend pas de la technologie, mais de votre philosophie d'investissement.
Choisissez le tableur si :
- Votre patrimoine est principalement immobilier
- Vous aimez vraiment comprendre chaque formule
- Vous refusez de connecter vos comptes bancaires
- Vous avez du temps à investir dans la maintenance
Choisissez un logiciel si :
- Votre patrimoine est diversifié (bourse, crypto, SCPI, immobilier)
- Vous cherchez une vision consolidée sans friction
- Vous manquez de temps pour la saisie hebdomadaire
- Vous voulez des alertes et des notifications en temps réel
Le verdict final
La pire décision reste de ne rien faire. Entre la cellule Excel et l'interface d'une Fintech, il y a un abîme — mais c'est un abîme qui vous enrichit peu importe le côté où vous êtes.
L'essentiel ? Commencer maintenant.
Faites l'audit de votre patrimoine. Centralisez vos données. Mesurez votre enrichissement réel. Que ce soit via un tableur ou via une app, l'important est de reprendre le contrôle.
Votre patrimoine futur vous remerciera.